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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 07:36
La violence conjugale Aborder le thème de la violence conjugale est extrêmement délicat, car cela soulève de fortes réactions émotives, réactions qui nous empêchent souvent de voir la vraie réalité. Ces réactions sont fortement influencées par le préjugé de «l’homme violent, la femme victime» et de l’impensable social: «l’homme victime, la femme violente».
Par Yvon Dallaire, psychologue - Collaboration spéciale Parution 7 décembre 2008 Pub.
Comprenons-nous bien: il n’est pas question de minimiser la violence faite aux femmes: il n’y aurait qu’une seule personne (femme, homme ou enfant) battue au Québec que ce serait déjà une personne de trop. Mon objectif: mieux comprendre ce qui est en jeu dans la violence conjugale pour mieux intervenir. La réalité statistique Si on se base sur les rapports de police, il y aurait de douze à quinze femmes battues pour un homme. Ces rapports sont véridiques, mais… partiels. Les hommes ne vont pas à la police ou ne consultent pas pour violence conjugale: ils craignent, avec raison, de ne pas être crus, d’être tournés en ridicule ou d’être accusés d’avoir provoqué cette violence. Pourtant, ils le devraient. Des dizaines de recherches démontrent une autre réalité de la violence conjugale: il y aurait presque autant d’hommes battus physiquement que de femmes. Une étude faite par l’Institut de la statistique du Québec conclut que «la violence du conjoint ou d’un ex-conjoint atteint un homme sur 24 et une femme sur 19». Autre statistique encore plus surprenante rapportée par la Gazette des Femmes (nov.-déc. 2005, p. 27): «D’après Statistique Canada, le taux de violence conjugale chez les homosexuelles est le double de celui déclaré par les hérérosexuelles (15 % contre 7 %)». Karol O’Brien, cofondatrice du Groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes de Montréal, estime plutôt ce taux à 22 ou 24 %. Nous sommes loin de l’homme toujours bourreau et de la femme toujours victime qui ne devient violente que par légitime défense. La réalité est que, dans 50 à 70 % des couples violents, les deux le sont. Et dans les cas où un seul émet de la violence, c’est autant ou presque le fait des femmes que des hommes. De l’amour à la haine L’important n’est pas de savoir qui est le plus violent, mais plutôt de comprendre comment deux êtres qui s’aimaient en arrivent à se taper dessus. Au-delà d’une certaine lutte normale pour le pouvoir entre deux partenaires, la violence conjugale est en fait la conséquence d’une dynamique action-réaction dans laquelle la réponse de l’un des partenaires au comportement de l’autre entraîne des réponses de plus en plus inappropriées. Cette escalade, ou schismogenèse complémentaire, se produit parce que les hommes et les femmes ont des sensibilités différentes, parce qu’ils n’ont pas développé certaines habiletés relationnelles (empathie, ouverture, communication…) et parce qu’ils rendent les autres responsables de leurs besoins, de leurs émotions et de leurs frustrations. Le comportement est violent, mais la personne, elle, est souffrante. Aucune thérapie ne peut débuter avant que la personne ne prenne l’entière responsabilité de ses actions et réactions, et cesse d’accuser l’autre d’en être responsable. Pourquoi, lorsqu’il s’agit de violence conjugale, est-ce si difficile d’accepter une coresponsabilité des conjoints dans la construction d’une situation qui mène inexorablement à l’explosion émotive et physique? Comment expliquer autrement que des hommes et des femmes se retrouvent toujours dans des relations violentes? Chacun est responsable de ne pas émettre de violence et de ne pas accepter que de la violence soit émise à son endroit.
www.coupleheureux.com  Journal de Montrιal, 07.12.08.

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Published by Spitalas Nicolas
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